lundi 26 janvier 2015

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure…

Peut-être ne connaissez-vous pas Polo. D'ailleurs, Polo n'est pas son vrai nom : il s'appelle Pierre Lamy. Il est chanteur compositeur et je ne l'ai découvert que le mois dernier, au cours d'une conférence animée par le professeur Jean Dhombres, dans la petite salle du Centre Pompidou.
(Math’NPop, 15 décembre 2014 : http://www.bpi.fr/agenda/mathn-pop)

La vidéo de cette conférence est ici :  
et Polo y fait son entrée vers la marque 1h10 (la conférence dure plus de 2 heures, 2 heures que j'avais trouvées passionnantes).

En une dizaine de minutes, Polo explique la genèse d'une chanson qu'il a écrite pour et avec des enfants de maternelle - mais il a bien sûr écrit beaucoup d'autres chansons, y compris pour Johnny Hallyday ou Enrico Macias... Si vous voulez tout savoir de son parcours,

Bon, où sont les maths, là-dedans ?
Patience.

D'abord, elles étaient au centre de la conférence : deux heures à lier mathématiques et musique.

Ensuite, cela fait maintenant un mois que sa chanson me trotte dans la tête... Preuve qu'il est vraiment très fort - ou que je suis vraiment très influençable.

Pas toute la chanson : sa musique, et son refrain (pardon, son « chorus », d’après un des conférenciers) : 

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure     

Et petit à petit, beaucoup de pensées se sont greffées sur ces mots. Certaines un peu nostalgiques, d'autres aigres-douces, peut-être... D'autres encore, franchement amères - ou peut-être, tout simplement, désespérées.

Pendant plus de 40 ans, j'ai compris les maths comme la science du raisonnement. Comme la science qui encourageait à penser juste, à vaincre les sophismes, les illogismes de toutes sortes, à se défier des sectes et des beaux parleurs de la politique ou de la société de consommation. Comme la science qui formait l'esprit.

Je me suis plongé dans le collège, je n'ai pas voulu le quitter parce qu'il me semblait que tout se jouait là. Parce qu’une passion des mathématiques pouvait commencer là, par de premières démonstrations simples, de premiers outils qui serviraient à d'autres démonstrations plus complexes, des démonstrations « à étages ». Parce que des enfants de ce qu'on appelait pudiquement les « catégories défavorisées » - que ce soit financièrement ou socialement - pouvaient se saisir de ces maths là indépendamment de leur maîtrise du français.

Et puis les programmes ont commencé à évoluer, à mon sens, à se déstructurer. Un verbiage prétentieux a fleuri, qui cachait une misère de plus en plus grande et de plus en plus évidente des « attendus » réels des élèves de collège.

L'engouement pour les machines n'a rien arrangé, en tirant les mathématiques vers une simple technique dont il suffisait de maîtriser quelques codes (non, je n'ai rien contre l'informatique : en 1985, j'ai composé, sur Amstrad, l’un des premiers logiciels grand public de mathématiques, en 1990, j'ai « co-composé », avec mon ami Marc Merzoug, un logiciel de CAO-DAO qui a eu son heure de gloire en de nombreux pays, et jusqu'à cette année, j'ai été le responsable informatique de mon collège). 

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure …     

Au sein de « mon » académie, l'académie de Versailles, je me suis battu pendant plus de dix ans, aux côtés de professeurs et d'inspecteurs passionnés, pour promouvoir des mathématiques qui ne feraient pas semblant, à qui l'on ne demanderait pas d'être
« ludiques » par incapacité à les montrer passionnantes.

Des mathématiques qui sortiraient des «tripes » des profs, pas des pages d'un manuel. Qui redonneraient leur place à l'imagination, à la fantaisie, au jeu d'acteur, à la communication entre un prof et TOUTE sa classe.

Je me suis pris au jeu, je me suis pris à rêver : il fallait pouvoir offrir aux profs un livre qui imaginait, qui faisait réfléchir - et parfois rire – mais avant tout, un livre qui démontrait toute la géométrie du collège. TOUTE.
Avec un langage simple, et pourtant une rigueur absolue.

Avec également beaucoup de... Gentillesse, de complicité ! 

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure …     

Ce livre n'existait pas, mais dans leur grande majorité, me disais-je, les professeurs feraient des bonds de joie s'il existait.

Je l'ai écrit. Il n'est pas parfait, bien sûr... Mais il est très certainement unique et, je le crois toujours, indispensable !

Je l'ai écrit, je l'ai édité - à travers une minuscule maison d'édition fondée pour lui. Il me semblait qu'il en valait la peine. Avec un ami - un prof de maths, mais avant tout un de ces rares amis réellement engagés - nous l'avons fait connaître.
Auprès de plus de 3000 professeurs, auprès de plus de 1000 CDI, auprès de parents et d'élèves.

Ceux qui l’ont lu, dans leur très grande majorité, l'ont apprécié. Professeurs, parents, adolescents. Un livre écrit pour eux, vraiment pour eux. Un livre dont je rêvais qu'il aurait un jour sa place dans tous les CDI de France, au même titre que les « Bescherelle ». Et non, pas pour des raisons commerciales. Parce que les profs, ceux des collèges et des lycées, auraient un outil qui leur manquait.

 (J'aimerais beaucoup qu'avant de poursuivre, vous preniez le temps de (re)lire cet article, déjà ancien de quatre mois : 

Prenez un gen gen gen, un gentil dinosaure …     

Des parents, des adolescents ont acheté «... Donc, d'après... ». En ligne ou en librairie.

Mais en un an, savez-vous combien de professeurs l'ont fait ? Combien de CDI ?

80 profs, 2 CDI.

« Mes » maths s'éteignent. 

J'étais un gen gen gen, un gentil dinosaure … 

Un peu rêveur, peut-être.
Maintenant, je ne suis plus qu'un dinosaure…

Et pourtant non, je n'arrêterai pas de me battre pour ces maths du passé.

Philippe Colliard

mardi 20 janvier 2015

La création des dizaines

Peut-être vous rappelez-vous "Hi-Ati, ou la création des chiffres", une histoire composée sur le modèle des " Histoires comme ça " de Kipling… Mais sans son talent !
(l'article correspondant est ici : Hi-Ati)
 
Cette courte histoire en est la suite : 
après "la première lettre", Kipling avait bien écrit "la création de l'alphabet :)
Et non, ça ne s'est PAS non plus passé comme ça, ce n'est toujours qu'une histoire !
 
Puis-je profiter de ce court billet pour remercier Alexandre de son commentaire (celui qui fait suite à l'article sur la création des chiffres) et pour lui dire que j'ai tenu compte de sa remarque sur les doigts de la main... Même si je n'en ai fait qu'une découverte fortuite, a posteriori :)
Voilà. Vous trouverez (comme d'habitude) cette histoire
en cliquant sur « ébauches, servez-vous » ...
Et bien entendu, elle est à votre disposition, sous licence « Creative Commons ».
Bonne soirée,

Philippe Colliard

P.S. : après les assassinats de Charlie, et malgré les extraordinaires rassemblements qui leur ont répondu, il m'est difficile de reprendre ce blog.
Il faut laisser du temps au temps, disait F. Mitterand.
Là, j'avais besoin d'une petite histoire "gentille". Mon prochain article sera certainement bien différent.

mercredi 7 janvier 2015

Charlie

C'est l'horreur.
J'ai à la fois envie de pleurer et de hurler. Je ne sais pas dans quel ordre.

                                         http://www.charliehebdo.fr/index.html

samedi 3 janvier 2015

Démonstrations




Qu'est-ce qu'une démonstration ?
Comment démontre-t-on ? Un collégien, un lycéen peut-il démontrer ? Doit-il démontrer ?

(Je penserais plutôt : peut-il ne pas démontrer ? Mais c'est là un autre sujet, dont j'espère parler très prochainement... Et longuement !)

Au bout de ces (nombreuses) années d'enseignement, à me poser des questions quasiment chaque jour, j'ai tout de même acquis une certitude – ce qui n’en fait pas pour autant une vérité :

tous les collégiens et tous les lycéens peuvent participer à des démonstrations.
(Et ce serait bien qu'ils puissent le faire !)

Tout doucettement au début, en sixième et en cinquième, un petit truc de temps en temps, des démonstrations très simples, des raisonnements à un seul chaînon.

Pour prendre goût aux maths.
Pour découvrir peu à peu que les maths, c'est ça, et non pas un ensemble insipide de recettes.
Pour découvrir également que,
quelle que soit la langue qu'ils parlent chez eux, quel que soit « leur milieu », là, ils n'ont pas de handicap.

Et puis en quatrième, en troisième, au lycée, ils devraient participer à des démonstrations un peu plus coriaces.

Pour le frisson de la découverte, du moment où « tout bascule ».
                                                                                                                                 
(Mon ami Mathieu me racontait récemment que, lorsqu'il était en « Maths-Sup », il reproduisait en « kholle » les démonstrations qu'il avait apprises – jusqu'au soir où un «kholleur » lui avait dit :
« c'est bien, toutefois c'est dommage d'avoir appris la démonstration par cœur ». Mais il lui avait encore fallu attendre quelques années avant qu'un prof d'université lui confie un des secrets de la démonstration : repérer le point où tout bascule... Le reste n'est qu'intendance !)

Participer, pas subir !

Pour retenir une démonstration, il est préférable d’en avoir la motivation... Le désir - et ce désir est bien plus facile à stimuler chez des acteurs volontaires que chez des spectateurs passifs :
une démonstration ne se retient pas plus dans le vide qu'une langue étrangère ne s'apprend juste pour l’apprendre.

Mais comment faire participer nos élèves à une démonstration ?
Je n'ai évidemment aucune recette magique à vous proposer. Nous sommes tous différents, et nos élèves diffèrent d'une année à l'autre, d'une classe à l'autre. L'idée générale serait de les intégrer à la construction des maillons qui précèdent le « moment magique » : celui qui déclenche le cœur de la démonstration.

Bon, plutôt que de longuement discourir, voici, à titre d'exemple, comment nous avons travaillé sur le théorème de Pythagore, en quatrième, l'an dernier. Permettez-moi d'insister : il s'agit d'un exemple d'un travail personnel, en aucun cas d'un modèle à suivre. Je l'ai déjà dit, je le redirai de nombreuses fois : je suis contre la pensée unique !

Ne m'en veuillez pas, je dois vous diriger vers un autre fichier (mais vous commencez en avoir l'habitude !) : je ne maîtrise vraiment pas les dessins dans un blog :)

C'est ici :  pour ébauches ,
puis cliquez sur « Démontrer : l'exemple du théorème de Pythagore »

(vous pouvez même ignorer le début du texte... Vous venez de lire)

Merci de continuer à suivre ce blog comme vous le faites, et, je l'espère, à bientôt.

Philippe Colliard